TRIBUNE
Revendications lycéennes, il est temps d’entendre et d’agir
15.10.2026. Le 6 octobre, lycéen·nes et étudiant·es ont manifesté partout en France. Ce mouvement s’est étendu à 180 établissements en quelques jours. Il mérite d’être entendu pour ce qu’il représente : l’expression de jeunesses plurielles qui refusent désormais de subir.
Ce qu'ils et elles dénoncent est documenté. Postes vacants non remplacés, bâtiments dégradés, chaleur et froid insupportable dans les salles de classe, emplois du temps surchargés, manque d’accompagnement dans les choix d’orientation, angoisse de Parcoursup. Des revendications concrètes, légitimes, qui disent une réalité vécue au quotidien.
"En Seine-Saint-Denis, un élève manque en moyenne l'équivalent de 18 mois de cours sur l'ensemble de sa scolarité, faute de moyens suffisants."
En Seine-Saint-Denis, celle-ci est encore plus brutale. L'État investit en moyenne 6 200 euros par an et par élève dans notre département, contre 8 840 euros au niveau national, un rabais de 30 % sur le dos de nos élèves, comme le pointent les syndicats de l'intersyndicale éducation 93. En Seine-Saint-Denis, un élève manque en moyenne l'équivalent de 18 mois de cours sur l'ensemble de sa scolarité, faute de moyens suffisants. Ce n'est pas une fatalité mais un choix politique.
Nous demandons au Gouvernement d'ouvrir sans délai un dialogue avec les organisations représentatives des lycéen·nes, des étudiant·es, des parents d'élèves et des personnels, et d'y apporter des réponses financées, assorties d'un calendrier. Nous demandons également de revenir sur la réforme Blanquer, qui a profondément désorganisé les parcours de formation, et d’abroger Parcoursup, devenu un véritable outil de reproduction sociale, contribuant de fait à creuser davantage les inégalités.
La façon dont est perçue et accueillie la parole des lycéens est aussi révélatrice de la place qui leur est accordée dans le débat démocratique. Pour rappel, la France est signataire de la Convention internationale des droits de l'enfant, ce qui l’engage. Elle garantit à chaque enfant et jeune le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant ou encore la liberté d’association et de réunion pacifique. Ces droits ne sont pas compatibles avec l'usage de la force pour disperser des lycéen·nes qui manifestent pacifiquement. On ne répond pas à des revendications légitimes par la matraque ou les LBD. Des jeunes qui descendent dans la rue pour réclamer des professeurs et des salles de classe en état, ce n'est pas un problème d'ordre public, c'est un appel que les pouvoirs publics ont le devoir d'entendre.
Ces dernières années, les jeunesses ont trop souvent été regardées avec méfiance plutôt qu'écoutées. Il est temps de leur refaire confiance et de renouer avec la promesse de notre Ecole Républicaine.
Loline Bertin, Aurélien Bernicchia, Matthieu Clauzade, Amin Mbarki, Claire Rabès, Elise Roinel, Zohra Safi, Olivier Stern